« Ay Carmela ! »

de
José Sanchis Sinisterra
Texte français de
André Camp et Claude Demarigny
Avec
Annick Gambotti et Gilles Grosrey
Mise en scène
Béatrice Croquet
LE MOT DU METTEUR EN SCENE
Depuis de nombreuses années, il existe entre la Compagnie Thalie de Ferney-Voltaire et le Théâtre du Torrent d’Annemasse une solide complicité, doublée d’un sentiment très fort d’estime réciproque.
C’est ainsi que la Compagnie Thalie accueille très régulièrement les créations du Théâtre du Torrent à la Comédie de Ferney et que le Théâtre du Torrent a programmé la Compagnie Thalie dans son Festival.
L’urgence d’un texte
En 1999, Annick Gambotti et Gilles Grosrey de la Cie Thalie me demandent de les mettre en scène dans « Qui a peur de Virginia Woolf ». Je connais et j’apprécie ce « monument » du Répertoire Théâtral, mais il se trouve que j’ai toujours pour habitude de ne monter que des textes ayant une résonance immédiate en moi ou une relation directe avec les évènements de ma propre vie ; des textes porteurs en quelque sorte d’une certaine urgence personnelle !

Je me sens ainsi, en harmonie émotive immédiate, plus créatrice, plus vraie, plus engagée dans mon rapport au texte et aux acteurs qui le portent. Je propose donc à Annick et Gilles de faire une lecture de « AY CARMELA ! ».
Il s’agit là d’un texte pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur et qui me semble, compte tenu des alarmes qui assaillent notre monde, être une sorte de « remue-conscience » à la fois ample et simple, une terrible petite musique rayonnante, pleine d’humanité et de tendresse cruelle, porteuse d’émotion, d’amour et d’espoir.

Je n’avais pas, jusqu’à ce jour, trouvé les comédiens qui me paraissaient susceptibles d’habiter avec justesse les personnages de Paulino et Carmela et je pressens qu’Annick et Gilles sont faits pour cette rencontre !
Dès la première lecture, c’est l’enthousiasme partagé ! Nous sommes tous trois persuadés de l’utilité immédiate du texte, Annick et Gilles tombent amoureux de leurs personnages et moi de l’aventure qui m’attend ! Le travail peut commencer. « Virginia Woolf » attendra…
« …Parce que vous, les vivants, quand vous avez une cravate autour du cou et le ventre bien plein, vous oubliez tout !… » (Extrait du texte)


Les nombreuses séances de travail « à la table » et nos discussions passionnées dégagent rapidement ce qu’il faut éviter à tout prix : la rétrospective historique et sa distance dans le temps, la leçon moralisante, simpliste et réductrice, l’angélisme humaniste qui fait que chaque spectateur pourrait repartir l’esprit en paix et la conscience au repos !
Non – Ce qui nous intéresse, ce sont les questions que chacun devrait se poser à lui même à l’issue du spectacle : Et moi, quelle est ma part de Paulino et quelle est ma part de Carmela ? Devant l’inacceptable, jusqu’à quand peut-on attendre avant d’agir ? Quelle est la place de l’artiste dans le monde ? Où commence sa responsabilité, son engagement de citoyen ?
Voilà les vraies lignes de force de ce texte puissant qui va nous aider par sa lumineuse simplicité et sa grande sincérité !

Un parti pris de simplicité
Ce qui va me guider au cours de mon travail de mise en scène ce sera le respect de cette ambivalence pour ne pas dire de cette ambiguïté entre la vie et la mort, entre le juste et le faux, entre le simple et le complexe, entre le rire et les larmes, présente tout au long du texte.
Deux ambiances donc pour la scénographie et la lumière, un simple coffre qui contient à lui seul tous les rêves et les renoncements des hommes, deux chaises qui existent douloureusement lorsqu’elles sont vides et juste une porte de tulle, un seuil immatériel pour tout séparer, ou … pour tenter de tout réparer !
Un pont de tendre complicité entre comédiens et public pour inviter à la rencontre du rire qui soulage, à l’échange silencieux des émotions et enfin… l’espoir d’une alchimie réussie dans le partage des sentiments !
Voilà ce que nous avons souhaité construire avec vous pendant cette parenthèse éphémère. Que le spectacle du monde continue, lui !
Soyons-en « vraiment » les Acteurs !!!
Béatrice CROQUET
Février 2004